saint Jacques et Compostelle
L’émission catholique du dimanche matin sur France 2 consacre les quatre dimanches de juillet 2010 au pèlerinage à Compostelle. Nous les suivons pour vous. Au soir du 3ème dimanche, une perle dans un océan de banalité. Et le jour de la fête de saint Jacques une belle homélie d’un frère dominicain pèlerin.

Dimanche 4 juillet

Emission écourtée grâce à la programmation du Tour de France. Le premier documentaire était consacré à la marche. L’expérience de Bernard Olivier y fut présentée de façon intéressante avec un témoignage d’un jeune ayant bénéficié de cette thérapie. Malgré le caractère général annoncé, le film ouvrait sur la " randonnée " d’un groupe de pèlerins de Compostelle accompagnés de leur curé. Il consacrait un long développement, à notre avis hors sujet, à l’expérience très particulière des Goumiers. Il n’a pas évité non plus de prendre pour exemple ces deux jeunes mariés qui ont mis en scène leur pèlerinage à Jérusalem sans argent, selon la fausse image des "pèlerins du Moyen Age". Préparant la publicité qu’ils feraient de leur exploit, ils s’étaient filmés découpant leurs cartes de crédit et le documentaire a complaisamment repris cette séquence.

Le titre laissait espérer un documentaire sur la marche en général. Le film n’a pas répondu à cette annonce, traitant déjà d’expériences bien spécifiques de pèlerins catholiques au détriment de séquences intéressantes malheureusement écourtées. Que viennent faire là les Goumiers ?

L’église choisie pour la Messe télévisée était celle de Ribeauvillé en Alsace que rien, sinon une coquille dans un tombeau ne rattache à Compostelle.

Dimanche 11 juillet

Sans Tour de France, l’émission a repris son horaire normal ce qui a permis au frère dominicain présentateur de reprendre tous les poncifs traditionnels. Il était pour cela aidé d’un des experts du gouvernement galicien qui a soigneusement donné valeur historique à tous les éléments de la légende, rajoutant même quelques contre-vérités propres à faire rêver les téléspectateurs.

Le film documentaire, quant à lui, présentait un personnage central très attachant, Thibault, choisi pour illustrer la formule habituelle "on part marcheur, on arrive pèlerin". Parti pour aller en Espagne il est montré se transformant peu à peu en pèlerin. Malheureusement le montage du film n’a pas montré toutes les étapes de son évolution et le spectateur peut avoir l’impression que "c’est trop beau pour être vrai". Contact pris avec la réalisatrice, nous vous confirmons qu’il s’agit bien d’un vrai pèlerin et non d’un acteur jouant au pèlerin. Comme précédemment, ce film véhicule tous les clichés habituels présentés comme traditions, sans dire à quand elles remontent. Comme pour la statue de saint Jacques de la cathédrale du Puy, l’Eglise continue à pécher par omission en faisant croire millénaires des traditions qui ne sont même pas centenaires.

Eglise de Neuvy-Saint-Sépulchre Au coeur du village, l’église, inscrite au Patrimoine mondial (cl. LM)

La Messe était célébrée à Neuvy-Saint-Sépulchre, inscrite au Patrimoine mondial au titre des chemins de Compostelle sur la seule mention de sa dédicace à saint Jacques au XIIIe siècle. Mais les historiens cherchent encore les pèlerins de Compostelle qui y seraient passés.

Dimanche 18 juillet

Messe en l’église Saint-Jacques et Saint-Christophe de La Villette, caméra souvent pointée vers saint Christophe, ignorant saint Jacques (sans doute pour une question technique qui lui a interdit aussi de montrer le vitrail de saint Jacques).

Les commentaires précédant la liturgie ont permis aux intervenants d’énoncer quelques uns des lieux communs habituels voire de rajouter de nouvelles généralisations comme "les SDF assurant un accueil tout au long du chemin". Pourquoi faut-il que Compostelle tourne à ce point les esprits pour transformer de la sorte une expérience intéressante mais limitée dans le temps et l’espace ?

La visite de Paris sous la conduite d’Humbert Jacomet a montré une évolution du discours habituel. Pour une fois le culte à saint Jacques a été évoqué pour lui-même et non en relation avec Compostelle, à la fois comme culte populaire et dans sa dimension de dévotion privée. Et surtout la caméra a soigneusement évité la plaque de la tour Saint-Jacques. Malgré cela, et sans que les millions de pèlerins n’aient été évoqués, il est bien toujours question de mettre en valeur la place supposée de Paris dans le pèlerinage à Compostelle.

Le documentaire proposé pour ce dimanche traitait de l’hospitalité sous le titre La providence au bord du chemin. A en croire le réalisateur, les pèlerins arrivent " épuisés " et, dès le premier jour il est dans le ton de parler de ses ampoules. Le film montre d’abord l’accueil par un couple chrétien puis par une communauté monastique dans laquelle est décrit le rôle de l’hospitalier, ancien pèlerin, en l’occurrence venu du Canada. Puis, au détour du chemin, une perle qui aurait mérité à elle seule le film tout entier.

La maison de l'association ARMOY dans le Lot ARMOY, un lieu d’accueil et de rencontres (cl. association ARMOY)

Après toutes les banalités habituelles sur l’hospitalité, la fatigue, les « longues étapes » (pourquoi ne les font-ils pas plus courtes ?), les ampoules, le besoin d’être accueilli au soir de l’étape, et toutes les découvertes du chemin déjà faites dès les premiers jours…, présentées par des témoignages classiques de pèlerins, ce film apporte une grande bouffée de nouveauté. Des SDF accueillent les pèlerins ...

L’initiative présentée sort de l’ordinaire. Cette activité d’accueil aux pèlerins sur le GR 65 est sans doute une idée de génie de Bernadette Laville, fondatrice de l’association ARMOY. Grâce à elle, des SDF parisiens offrent boissons et biscuits aux pèlerins, il fallait y penser, il fallait savoir l’organiser et le faire vivre. Bravo à Bernadette.

Mais le téléspectateur reste sur sa faim, il faut aller sur le site de l’association ARMOY pour essayer de comprendre. Dommage que ce documentaire, comme les premiers, ait voulu tout montrer de façon superficielle au lieu d’approfondir un sujet. Il aurait pu permettre de sortir des sentiers battus.

Dimanche 25 juillet

Pour la fête de saint Jacques la Messe est célébrée à Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle avait été annoncée comme devant être célébrée à la tour Saint-Jacques à Paris, non-sens que les Dominicains ont heureusement pu éviter.

C’est abrité du crachin sous la porte sud de Saint-Jean-Pied-de-Port que le présentateur de l’émission de ce dimanche a interviewé le maire de la ville. Un premier film a été une nouvelle occasion de présenter un accueil chrétien, tenu par un couple "mandaté par le diocèse", ce qui est une dimension nouvelle par rapport à la présentation antérieure mais pas nouvelle sur le chemin, le premier ayant été le Relais Saint-Jacques d’Estaing. e Maire a présenté la ville, et surtout les liens qui unissent depuis toujours Haute et Basse Navarre. Suivait un enregistrement d’un entretien avec Mgr Brincard, évêque du Puy, présenté comme " successeur de Godescalc ". Il s’est dit surpris de l’importance du pèlerinage contemporain, imprévue lorsqu’il est arrivé sur son siège il y a 21 ans. Pour lui, la " route de Compostelle a construit l’Europe " et " le chemin de Godescalc a toujours été plus ou moins suivi ". Il a apporté en conclusion le témoignage intéressant d’une pèlerine " La route m’a appris à vider mon sac et à porter celui des autres ".

L’homélie de la Messe, a permis au frère Norbert-Marie Sonnier, dominicain, de donner son témoignage de pèlerin en des termes dans lesquels de nombreux pèlerins reconnaitront leur propre expérience de découverte progressive de leur corps, de leurs sensations, de leurs émotions. Témoignage intéressant car il a montré que la vie religieuse ne met pas à l’abri de la transformation que peut apporter le pèlerinage. Des gestes symboliques ont d’ailleurs été inventés par les pèlerins contemporains pour manifester que le pèlerinage permet de se débarrasser du vieil homme. Ces pierres qu’ils déposent à la Cruz de Ferro (et de plus en plus au pied de toutes les croix du chemin) en sont le symbole. Tradition récente mais porteuse d’un sens qu’il appartient à l’Eglise d’expliciter comme cela a été fait ce 25 juillet.

La Domerie d’Aubrac vue d’un monument contemporain. (cl. LM)

En déposant un caillou à la Cruz de Ferro, les pèlerins contemporains croient respecter une tradition millénaire. C’est au contraire une tradition récente qui tend à se généraliser comme le montre l’image ci-dessus.

Cette homélie fut une bonne conclusion de cette série d’émissions, montrant que le pèlerinage à Compostelle permet d’aller plus loin. Deux remarques s’imposent. La première concerne la transformation que peut apporter le pèlerinage à Compostelle. Il procure une ouverture, fait vivre une expérience privilégiée dont il faut ensuite tirer les conséquences. Il faut continuer à marcher. Le pèlerin n’est pas transformé par magie, même si on dit souvent qu’il a parcouru un chemin magique. En second lieu, il faut penser que Compostelle n’est sans doute pas le seul pèlerinage qui peut apporter ces bénéfices. La prochaine année sainte est en 2021. On peut espérer que d’ici là d’autres pèlerinages auront retrouvé droit de cité.

Ultreia, c’est le titre du dernier documentaire de ces dimanches de juillet. Il met en scène la joie et l’émotion de l’arrivée, montre une pèlerine perdue qui ne trouve pas la porte de la cathédrale. Le réalisateur l’interroge ensuite et quand elle commence à émettre une réserve qui sans doute détonnait dans le concert de bonnes paroles de ces documentaires, elle est coupée. C’est dommage. Compostelle est une réalité complexe. Il est compréhensible que le Jour du Seigneur n’ait voulu montrer que les aspects édifiants et les chrétiens hospitaliers.


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