saint Jacques et Compostelle

Itinéraires

Bonjour, J’aurais aimé avoir des renseignements pour une amie agée de 53 ans qui voudrait faire le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Matériel a emporter, meilleure période pour partir, (elle voudrait partir au printemps 2005...), elle voudrait faire le chemin a pieds...je crois qu’il y a plusieurs itinéraires...Quel budget faut-il prévoir...Quelles sont les auberges, les refuges tout au long des étapes...Les adresses des offices de tourisme tout au long des étapes...Enfin bref, un peu tout !!!! Je vous remercie de m’envoyer les renseignements pertinents pour entreprendre un tel voyage... Merci... Emilie B.

Jadis, les pèlerins fermaient leur porte (ce qui est le plus difficile à faire) et partaient à pied de chez eux. Ils allaient d’un sanctuaire à l’autre, passaient par des monastères où ils savaient trouver des abris et de la nourriture, puis ils ralliaient des routes un peu plus fréquentées et finissaient par atteindre les itinéraires très utilisés par les marchands et autres voyageurs. De nos jours, ces itinéraires existent encore, mais ils sont devenus bien souvent les grandes routes nationales ou les autoroutes... Pourquoi ne pas faire la même chose ? Bien sûr, vous n’allez pas suivre les routes encombrées de voitures. Dans ce cas, il est intéressant de rechercher les chemins de Grande Randonnée qui sont sur les régions que vous allez traverser. Il en existe de très nombreux en France. Puis, vous rejoindrez un des nombreux chemins menant vers Compostelle qui sont balisés un peu partout en France par les associations jacquaires. Dans ce cas, il vous faudra chercher les endroits où loger en questionnant les associations dont vous allez traverser les territoires, les mairies, les monastères. Il faudra aussi que vous ayez certaines notions d’orientation avec une boussole et une carte IGN. Vous verrez, c’est une aventure passionnante qui vous fera rencontrer des gens heureux de voir des pèlerins.

On pourra même vous proposer spontanément de vous héberger. Tout cela nécessite un contact agréable avec les gens, le sourire et l’humilité. Il ne faut pas oublier que RIEN N’EST DÛ au pèlerin. Vous pouvez aussi utiliser des parcours balisés et très bien équipés en gîtes, environ tous les 10 à 15 km, comme l’itinéraire partant du Puy en Velay. Malheureusement, il est de plus en plus utilisé par des gens qui veulent faire des randonnées à bon marché et mettent trop souvent le pèlerinage de côté. Le résultat est que tous les jours il y a une centaine de personnes qui sont sur le chemin, ce qui n’est pas gênant du tout, mais le soir, il y a surabondance de gens dans les auberges, ce qui cause certains problèmes .... De plus, les autochtones sur le chemin sont saturés et ne font plus attention à eux. Vous faites toutefois des rencontres avec les marcheurs sur le chemin et vous formerez des "familles" puisque vous faites tous environ le même parcours tous les jours. Pour une personne seule, qui pourrait avoir peur de la solitude, c’est aussi plus rassurant. Pour avoir pratiqué les deux formules, je préfère de beaucoup la première. Pour la période : quand vous le voulez. Tout d’abord d’où partirez vous ? si vous partez de chez vous (au fait, je ne sais pas où vous habitez,) et que vous habitez en plaine, vous pouvez commencer en mars ou avril. En France vous ne risquez, guère que de la pluie jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. Après il faut voir avec la neige pour aller à Roncevaux, mais il y a deux alternatives... En Espagne la plus grande partie du camino est à une altitude moyenne de 800 m avec deux points culminants à 1450 à la Croix de fer et 1400 environ au col de Cebreiro. Des pèlerins y ont trouvé de la neige en mai et en juin.. Si vous devez partir du Puy en Velay, par exemple, il faut faire attention à la Margeride et à l’Aubrac qui sont dangereux et pénibles lorsqu’ils sont enneigés. Dans ces cas, mieux vaut partir mi ou fin avril. Partir à cette époque lorsque la nature est en plein réveil est un régal, lorsqu’il fait soleil.... autrement, vous pouvez partir exactement lorsque vous le voulez ou le pouvez en notant que pendant les vacances, les chemins sont souvent encombrés.... de "touristes".

Le budget ? Tout dépend de votre mode de vie. Si vous allez au restaurant tous les jours et couchez dans des hôtels, c’est une fortune qu’il vous faudra. Si vous pique-niquez très souvent et couchez dans des gîtes, il vous faudra compter une moyenne de 25 à 30 euros. Beaucoup moins en Espagne. On peut arriver à 15 ou 20 euros en bivouaquant (et ou) faisant du camping et pique niquant tous les jours. C’est très difficile à dire car chacun gère différemment. Pour les offices du tourisme, vous qui avez Internet, vous trouverez très facilement dans les pages jaunes... Auberges et refuges. Je ne sais pas d’où vous voulez partir... Il m’est donc impossible de vous répondre actuellement. Matériel à emporter : le moins possible. Je suis arrivé à partir cet été avec seulement 8 kg... en 1999, j’étais parti avec 17 kg... Je n’emporte plus que (sans compter le linge que je porte sur moi) deux paires de chaussettes, deux chemises ou tee shirt (en fibres qui sèchent très vite) un short et un pantalon léger, deux caleçons, un polaire, une veste en Gore tex, une casquette ma tousse de toilette et une paire de sandales pour le soir. . et un duvet très léger. ne pas oublier les pansements pour les pieds... s’ils ne vous servent pas, ils serviront pour les autres. Il faudra que vous rajoutiez le poids de la gourde, et le case croûte... Pur mes chaussures, j’achète toujours des chaussures pour la randonnée au gore tex (Salomon)avec deux pointures en plus que ma pointure de ville. Je n’ai plus d’ampoules depuis que je prends cette formule. C’est vrai pour moi, peut être pas pour les autres... J’ai procédé par augmentations successives. Je prends des chaussures montantes, d’autres prennent des chaussures basses... J’en connais même un qui marche pieds nus... d’autres marchent avec des nu-pieds... La meilleure des chaussures est celle qui ne vous fait pas mal... Pour compléter ce que je viens de vous dire, je vous envoie des fiches qui vous aideront aussi à préparer ce pèlerinage. Je suis bien entendu à votre entière disposition pour vous donner de plus amples détails.

Pierre P.

Juste une question qui va sans doute vous paraitre bien bête, mais elle fut une de nos conversations lors de nos dernières vacances en Bretagne. Le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, d’où part-il ?

Si vous décidez de partir un jour pour Compostelle, votre chemin partira de chez vous. Il en a toujours été ainsi. Il n’y a pas de point de départ du chemin de Compostelle, contrairement à ce qui est raconté depuis un demi-siècle sur la base d’un manuscrit du XIIe siècle conservé à Compostelle et traduit en français en 1938. Mal interprêtée la première phrase de ce manuscrit : "Quatre chemins vont à Saint-Jacques, ... , le premier par Saint-Gilles ... le deuxième passe par Notre-Dame du Puy ..." (traduction Bernard Gicquel, La Légende de Compostelle, Tallandier, 2003). Ce manuscrit énumère des étapes qui sont les principaux sanctuaires de pèlerinage de la grande Aquitaine sur laquelle l’empereur d’Espagne souhaitait étendre son emprise. Considéré à tort comme un guide du pèlerin il a conduit à attribuer aux sanctuaires les plus lointains la qualité de points de rassemblement de pèlerins en partance pour Compostelle, faisant oublier qu’ils étaient eux-mêmes des lieux de convergence de pèlerins.

Je serais désireux de connaitre les différents itinéraires des chemins de Compostelle.

Chaque pèlerin fait son itinéraire en fonction de ses goûts, du temps dont il dispose et de ses objectifs. Il n’y a pas d’itinéraire imposé. Certains sont plus fréquentés parce que leur publicité a été mieux faite, parce qu’ils sont mieux équipés ou par conformisme. L’idéal semble être de partir de chez soi, mais chacun doit se sentir libre de son itinéraire comme de sa démarche spirituelle. Nous restons à votre disposition pour des compléments de réponse si vous le souhaitez.

Ma question concernait les anciens chemins de Compostelle (d’il y a plusieurs siècles). Il y en avait certainement qui partaient de plusieurs villes, de plusieurs pays ?

Qu’entendez-vous par "anciens chemins de Compostelle" ? Il y a plusieurs siècles, il n’y avait pas de chemins de Compostelle. Ceux-ci sont une invention récente. Il y avait des routes et des chemins qui permettaient aux voyageurs de se rendre en Espagne et en particulier dans les royaumes lointains de Léon et Galice. Parmi ces voyageurs, marchands, artisans, clercs, chevaliers, soldats ... il y avait sûrement des pèlerins partis explicitement pour vénérer des reliques, accomplir un voeu, obtenir une grâce ... Mais ils empruntaient les chemins de tout le monde. Prenons une comparaison : de nombreux trains spéciaux partent de la gare d’Austerlitz à Paris pour Lourdes, si dans quelques siècles on dit que cette gare était la gare des pèlerins de Lourdes, ce sera à la fois exact et réducteur. De même, certains présentent l’hôpital Sainte-Christine du Somport comme un hôpital construit pour les pèlerins de Compostelle. C’est à la fois vrai : il a accueilli des pèlerins de Compostelle et faux : il recevait tous les voyageurs passant à ce col et ayant besoin de ses services. La redécouverte de Compostelle au début du XXe siècle puis à partir des années 1950 a conduit à exagérer la place de ce pèlerinage dans l’histoire européenne. Ce phénomène a été renforcé à partir de 1984 quand un haut fonctionnaire du Conseil de l’Europe d’origine espagnole a réussi à faire prendre les chemins de Compostelle (redécouverts depuis 50 ans) comme modèle des itinéraires culturels européens. Compostelle doit sa notoriété au fait d’avoir été à certaines époques un sanctuaire catholique majeur pôle de résistance, à l’Islam puis à la Réforme et enfin au communisme. En résumé, les anciens chemins de Compostelle sont des chemins mythiques, porteurs de rêve, on les dénature en cherchant trop à les matérialiser géographiquement. Par contre les chemins d’aujourd’hui sont eux une réalité autour de laquelle des municipalités ou des associations se disputent parfois car outre le rêve ils sont porteurs d’une réalité économique tangible. Nous essayons d’expliquer tout cela sur notre site. Merci de vos questions qui sont une occasion de synthétiser nos réponses.

Par interet personnel je m’occupe des voies de pélérinage en Europe et j’aimerais vérifier avec vous certaines questions, si possible. Je vais faire de mon mieux.

1 Les chemins classiques ( Arles,Le Puy,Vézelay,Tours) sont tous également balisés ? Oui mais plus ou moins bien, le chemin du Puy est de ce point de vue le meilleur, il a été tracé au début des années 1970, la beauté des paysages fait qu’il est le plus fréquenté. Il est bien équipé en lieux d’accueil.

2 Le balisage est aussi présent sur le Chemin du Piémont Pyrénéen ? Ce parcours est historique ou bien s’agit-il d’une promotion récente ? Ce chemin est en partie balisé par une association locale. Comme tous les chemins dits de Compostelle, c’est un chemin de création récente. Tous les chemins ont une histoire plus ou moins récente. En ce sens chacun peut être qualifié d’historique. Est-ce que pour vous historique=classique comme vous l’écrivez au 1er alinéa ? Merci de préciser votre demande, qu’entendez-vous par chemin historique ?

3 Pouvez-vous m’indiquer d’autres chemins en provenance de l’Allemagne, Suisse ou Belgique qui amènent aux chemins classiques ? ( par 1 ) Les routes et les chemins ont évolué au cours des siècles et donc aussi les itinéraires suivis par les pèlerins. Il n’y a jamais eu de chemins spécifiques pour les pèlerins. Ils empruntaient les mêmes voies que les autres voyageurs. Des chemins pour les pèlerins et randonneurs d’aujourd’hui ont été tracés, par exemple de Genève au Puy, ou reconnus, de Namur à Vézelay, de Belgique vers Paris puis Orléans

4 La voie Régordane est balisée et elle lie Le Puy à Saint Gilles ?Oui

5 Y-a-t’il d’autres voies de pèlerinage non Santiago en France ? oui par exemple pour aller au Mont-Saint-Michel, pour visiter les sanctuaires des saints traditionnels de Bretagne ... mais ces pèlerinages ont été moins médiatisés que celui de Compostelle. Il y a aussi de nombreux sanctuaires locaux. J’imagine que vous pensez surtout à des pèlerinages à pied ? Nous restons à votre disposition.

Le hasard des lectures a fait se suivre le livre « Les routes de Compostelle » de Denise Péricard-Méa chez J.P. Gisserot et « Lumières de Vézelay » de Raymond Oursel au Zodiaque. Denise Péricard-Méa montre, à la suite de Bernard Gicquel et carte à l’appui, que l’aire géographique délimitée par Tours, Vézelay, Le Puy et Arles coïncide avec la grande Aquitaine dont rêvait Alphonse VII. Dans son livre, Raymond Oursel fait de très brèves allusions aux pèlerins et au pèlerinage de Saint-Jacques, mais n’en fait pas un élément de l’histoire de Vézelay. Comment rapprocher ces deux positions ? Est-ce que le rédacteur de la « Chronique d’Alphonse VII » tire la géographie à lui ? Dans quel ouvrage Bernard Gicquel développe t-il sa proposition ?

Merci de cette question d’intérêt général. Je crois qu’il n’y a pas de "positions" à rapprocher, car elles ne sont pas opposées. Raymond Oursel ne fait que "de très brèves allusions" à Compostelle. Il partait des archives de Vézelay et n’y a pas trouvé grand chose. Bernard Gicquel et moi, sommes partis de la comparaison entre le Guide du pèlerin et le passage correspondant de la Chronique d’Alphonse VII, qui sont deux textes à peu près contemporains. La chronique n’est pas une tentative de "tirer la géographie", elle exprime le souhait d’Alphonse VII qui se déclare Empereur, d’attirer vers la Castille et la Galice où il se fait couronner, les princes de la grande Aquitaine. Celle-ci est délimitée par les quatre grands sanctuaires mentionnés par le Guide. Vézelay n’intervient donc que ponctuellement dans cette histoire comme un des sanctuaires majeurs bornant cette région. La grande Aquitaine est bien une réalité géographique de l’époque. Alphonse VII a souhaité que les princes aquitains deviennent ses vassaux. Mais, l’histoire le prouve, son invitation n’a pas été suivie d’effet. Certes cette région a eu, plus que d’autres, des relations avec l’Espagne, mais sans aller jusqu’à une vassalité politique. Bernard Gicquel parle de Vézelay assez longuement dans sa Légende de Compostelle. Mais ce qu’il en dit ne concerne que le XIIe siècle. Rien au-delà. Voilà ce que je pense. Mais je peux continuer à répondre à vos questions si ma réponse en inspire d’autres.

DPM

Pourquoi dites-vous qu’il existait une route vers la Galice avant le pèlerinage à Compostelle ?

"Cette route existait avant le pèlerinage", comment le prouver ? Pour tenter de répondre à cette question, je ne peux que conseiller de s’imprégner des travaux des historiens valables. Voici deux articles fondamentaux : Robert Henri Bautier, "Recherche sur les routes de l’Europe médiévale, de la Méditerranée à Paris et aux foires de Champagne par le massif Central" dans bulletin philologique et historique du CTHS, 1960, tome 1, pages 93 à 143 où se trouvent d’autres références. Jean Hubert, "Les routes au Moyen Age" dans Association pour la diffusion de la pensée française, Paris 1959. Les Antiquisants disent que les Romains allaient chercher de l’étain en Galice, précisément par cette route. Pour aller plus vite, je vous conseille de regarder n’importe quel atlas historique qui donne les tracés des routes romaines ; En Espagne, le réseau s’édifie sous Auguste, Trajan, Hadrien. Pour la région qui nous intéresse, on voit une route qui relie Pampelune, Léon, Astorga et qui mène à Iria (Compostelle n’existait pas !) soit par Lugo soit par Braga. Et tout ça date de bien avant le IXe siècle… Une source est ce qu’il est convenu d’appeler l’Itinéraire d’Antonin, une autre est la carte de Peutinger (du nom de celui qui redécouvrit cette carte au XVIe siècle, une carte médiévale qui copie une carte de l’Empire romain faite au IVe siècle). Cette carte est illisible par quelqu’un qui n’est pas un spécialiste, mais c’est à partir de sa lecture que les spécialistes ont reporté le réseau sur des fonds de carte modernes. Pour avoir une idée, vous pouvez chercher sur Google : carte de Peutinger Espagne. Voici d’autres sources apportant des réponses à cette question :

L’histoire des routes de France du Moyen âge à la Révolution, Paris : Presses de l’École nationale des ponts et chaussées, 1997

Les Communications dans la péninsule Ibérique au Moyen âge, actes du Colloque de Pau, 28-29 mars 1980, [organisé par le] Département de recherches Pyrenaïca, Université de Pau et des pays de l’Adour, Paris : Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1981

Verdon, Jean, Voyager au Moyen Age, Paris, Perrin, 1998 (hormis tout ce qui est dit sur le pèlerinage à Compostelle, qui date !)

La circulation des nouvelles au Moyen Age, Congrès de la société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, Avignon 1993 (éd. 1994)

Quelles sont les coordonnées géographiques de Compostelle ?

Un visiteur, sans doute armé d’un GPS nous a demandé les coordonnées géographiques de Compostelle.

Voici la réponse de Madeleine Griselin : D’après les cartes au 50 000 des services cartographiques espagnols, je situe le centre de la ville de Santiago a :

latitude : 42 degrés 52 minutes 44 secondes Nord

longitude : 8 degrés 32 minutes 19 secondes Ouest


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