saint Jacques et Compostelle

La chapelle des rois de France

Qu’est-ce que la chapelle des Rois de France à Compostelle ?

Si les rois de France, à l’exception de Louis VII en 1154 ne sont pas allés à Compostelle, ils ont d’autant moins ignoré le grand sanctuaire qu’ils ont souvent épousé des princesses espagnoles.

Lorsque revint à la Couronne l’héritage d’Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, ils ont ainsi repris à leur compte l’exécution de son v¦u testamentaire fait en 1270 : " Nous voulons qu’en l’église Saint-Jacques de Compostelle soit établi un cierge qui arde de jour et de nuit perpétuellement devant l’autel [de saint Jacques] ". Mais c’est à partir de la nomination d’un archevêque français à Compostelle, Béranger de Landore, en 1317, que l’intérêt des rois de France se manifesta le plus concrètement. Pendant plus de deux ans, ils ont aidé Béranger à asseoir son autorité, tellement contestée que ce dernier fut d’abord obligé de résider à Noia. Peu après 1320, le roi de France Philippe V confia des subsides à son oncle Charles d’Anjou pour participer à la restauration de la chapelle du Salvador (Saint-Sauveur), fondée dès 1075 et située à la place d’honneur, juste derrière le grand autel, au centre de l’abside.

Puis commença la guerre de Cent Ans et une alliance durable entre la France et l’Espagne, contre l’ennemi Anglais. En 1372, le roi Charles V charge Macé de Fresnes, son ambassadeur auprès de l’archevêque Roderic de Moscoso, d’organiser l’embellissement de cette chapelle du Salvador et d’y instaurer un service divin permanent. A cette fin, il finança l’entretien de trois chapelains chargés d’y célébrer six messes quotidiennes par un don de 3 000 florins et une rente annuelle de 120 doublons. La chapelle fut nommée dorénavant " chapelle des rois de France ", marque indélébile -et ostentatoire- apposée dans la cathédrale, rappel permanent de ce que l’Espagne devait à la France en reconnaissance de son aide. Cette chapelle devint le lieu d’accueil des pèlerins français, qui pouvaient s’y confesser dans leur langue. C’est également là qu’ils recevaient les certificats de pèlerinage.

La rente annuelle sembla versée avec plus ou moins de régularité : 20 livres en 1414, puis 80 livres en 1457 qui n’entretiennent plus que deux chapelains et les cierges du comte de Poitiers, qui brûlent dorénavant sur l’autel de cette chapelle. En 1463, Louis XI envoie sa mère, Marie d’Anjou avec pour mission (officielle) de s’assurer que les cierges brûlent effectivement ! De quelle autre mission l’a-t-il chargée ? On ne sait, mais elle part en plein hiver et meurt au retour... En 1467, ce même roi constate que les messes ne sont plus chantées, sans doute parce que la rente n’est pas versée... Il " rétablit durablement la fondation de Charles V " mais sur la base de trois messes quotidiennes au lieu de six. Durablement ? Rien n’est durable : le 18 juin 1579, le chapitre Saint-Jacques de Compostelle envoie une lettre à la Cour de France pour demander le paiement des anciennes fondations faites par les rois de France : deux chapellenies, messes et anniversaires.

Mais les relations franco-espagnoles n’ayant pas toujours été paisibles, le nom de " chapelle des rois de France " s’effaça peu à peu au profit du nom ancien de " chapelle du Saint-Sauveur ", qui prévaut aujourd’hui.

Denise Péricard-Méa, Août 2001


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